Jeudi 17 septembre 2009
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L’imaginaire français est, depuis le XIXe siècle, les romans de Balzac ou de Zola et les caricatures de Daumier, rempli d’images de propriétaires au cœur de pierre, intraitables et
suspicieux. La réalité contemporaine est tout autre, même si elle n’est guère favorable au locataire et surtout à celui qui aspire à l’être. Voici quelques exemples
Les absents
S’il arrive traditionnellement que la concierge soit dans l’escalier, le propriétaire est lui bien souvent en
vacances voire en résidence permanente à l’étranger. Alors qu’on fait de son mieux, comme locataire potentiel, pour monter un dossier le plus complet possible et l’agrémenter éventuellement d’une
lettre ou d’un rapide Curriculum Vitae pour se présenter, le choix terrible qui vous ouvre ou vous ferme définitivement les portes du nid douillet
sur lequel vous lorgniez, s’effectue de plus en plus fréquemment à partir de trois lignes dans un mail où d’une conversation téléphonique de moins d’une minute. Encore tout récemment, un agent
immobilier, pourtant plutôt parmi les sérieux auxquels j’ai eu affaire, a reconnu un peu piteux qu’après avoir cherché à joindre le propriétaire plusieurs jours sans succès, il avait bien réussi
- par téléphone - à lui « communiquer les dossiers concernés ». « Comment avez-vous fait ? » « Hé bien, il m’a demandé combien gagnaient les candidats et ce qu’ils
faisaient » « Et c’est tout ? », « Oui ! ».
Pourtant louer un lieu de vie comme y emménager sont des actes qui n’ont rien d’anodins. Ils engagent le bailleur
comme le locataire pour plusieurs années, parfois pour le meilleur, mais hélas aussi pour le pire ! Ce qui est certain, c’est que si j’étais un jour propriétaire-bailleur ce qui m’apparaît
plus qu’improbable, je souhaiterais absolument rencontrer les candidats souhaitant habiter chez moi avant de prendre une décision qui peut être lourde de conséquence.
Les « squizzeurs »
Autre catégorie, beaucoup plus fréquente qu’on pourrait l’imaginer, même si les professionnels n’aiment guère en
parler : ceux qui grillent la politesse à l’agence à laquelle ils ont confié la location de leur bien. J’ai rencontré le cas pas moins de cinq fois en deux mois. Une annonce est mise en
ligne : on prend contact avec l’agence, on visite (souvent au sein d’un troupeau de concurrents mi-agressifs, mi-résignés), on laisse un dossier, on vous fixe une date de réponse et le
moment venu… on apprend que le propriétaire à, en catimini, trouvé de son côté un locataire de son crû dans le dos de l’agent immobilier. Une fois, l’une d’entre elles m’a confié être
« prodigieusement agacée » par cette façon d’agir qui constitue un manque de respect caractérisé, car enfin rien n’interdit à un propriétaire d’agir en deux temps : chercher
d’abord personnellement dans son entourage et, ensuite seulement, confier – mais alors réellement – le dossier au professionnel.
Les « new style »
Je pensais, au vu du parc immobilier parisien – ancien voire très ancien – que les propriétaires étaient le plus
souvent des gens d’âge mur, fréquemment retraités, voire majoritairement de genre féminin, veuves ou en passe de l’être, pour qui un loyer constituait un complément de retraite bienvenu. Cette
sociologie existe bel et bien, mais elle n’est plus si majoritaire que cela. Avec l’approche de la rentrée j’ai vu apparaître des appartements plus récents ou bien alors anciens, mais remis à
neuf dans un esprit plus moderne, qui correspondent à une autre catégorie de propriétaires. Ceux-ci sont jeunes (par rapport à moi) : 35-40 ans et - seuls ou en société civile immobilière -
ils achètent pour les louer des appartements afin de payer les traites de leur propre résidence principale. Ils ont donc un besoin crucial de ce revenu qui est plus qu’un appoint et ils ont, pour
certains, été échaudés par les conséquences de la crise sur les milieux commerciaux, bancaires ou publicitaires dans lesquels ils évoluent le plus souvent. Leur mot d’ordre : louer vite et à
coup sûr (c’est-à-dire sans risque). Autrement dit, plus que les revenus du candidat, c’est le nombre et la solidité de ses garants financiers qui sont scrutés à la loupe et sans états
d’âme. Ceci revient à avantager des gens sans nécessairement beaucoup de revenus mais avec un montage financier solide derrière eux. Les plus concernés étant les étudiants.